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19 juin
On roule vers le Nigéria sous un ciel très bas. La route est longue, longue, longue, toute droite, bordée de palmiers à perte de vue. De temps en temps, un village enfermé dans son enclos de paille, et des enfants qui hurlent de joie à notre passage. Et tout le long de la piste, les femmes marchent, la poitrine nue et leur bébé accroché dans le dos. Tant que le bébé ne sait pas marcher, sa mère le porte, partout, même aux champs quand elle retourne la terre, même quand elle pile le maïs et même quand elle se repose. Sur la route, il y a des vélos aussi, nombreux, et les chèvres toutes folles qui traversent systématiquement quand on arrive.
Les villages sont rouge feu maintenant, c’est la terre rouge de l’Afrique. Les cases n’ont qu’une petite porte et un toit de chaume.
Comme j’aimerais entrer ! Alain hésite, lui, et craint qu’à deux, nous n’effarouchions tout le hameau. Je descends, seule. Une grande peur mêlée du désir sauvage de mordre à la terre, de toucher cette vie primitive et attachante, me pousse vers le village rouge. C’est bête, mais il n’y a pas longtemps que je suis en Afrique, et tous ces gens se précipitent vers moi soudain, me font un peu tressaillir. C’est vrai, quelle peut être leur réaction de voir cette fille blanche pénétrer dans leur village ? Ils me parlent un langage inconnu, et dans les premiers instants, je ne discerne que mille yeux, mille sourires, mille froncements de sourcils.
Tout à coup, j’entends une petite voix fluette me dire « Bonjour Madame, comment ça va ? ». Il est adorable, ce petit garçon, je voudrais l’embrasser. Ses grands yeux noirs rient toujours, et quand je le regarde, il les cache sous sa chemisette qu’il rabat sur sa tête comme une capuche. Et quand on discute tous les deux, tout le monde éclate de rire. Il m’explique que cette vieille là-bas veut me montrer sa case. Alors je le suis, et tous me suivent. Je me glisse dans la case ; d’abord je ne discerne rien. Il n’y a plus que des braises dans l’âtre, et posée dessus, une grande marmite où mijote la semoule de maïs, leur nourriture principale. La vieille m’en offre un peu dans une feuille de bananier. C’est plutôt fade, et je ne sais pas quelle tête je fais, mais tout le monde pouffe de rire.
Dans la case, il y a encore le coin des poules et des chèvres, et le petit garçon m’explique que les gens dorment là, sur des nattes dans la grande pièce. D’ailleurs, quand j’ai traversé le village, j’ai aperçu des femmes allongées à même le sol, dans leur case où entrent et sortent sans arrêt les poules et les chiens.
À un village suivant, à quelques kilomètres de là, l’accueil est plus difficile. Il n’y a que des femmes, toutes un peu vieilles, et des enfants. Elles me font une si mauvaise figure que j’hésite à entrer. Pour ne pas les effrayer, Alain reste dans la voiture. À ma vue, un pauvre petit enfant, tenant à peine sur ses jambes, grimpe tout seul sur le dos de sa mère en poussant des cris de panique. Peut-être n’avait-il encore jamais vu d’homme blanc.
Mais les femmes, elles, se radoucissent et commencent à me dire plein de choses, et tout à coup, l’une d’elles me prend la main – jamais je n’avais touché main aussi râpeuse ; on dirait du cuir – et me conduit à une minuscule case où je dois me recroqueviller pour entrer. C’est un temple tout nu, avec juste le fétiche du village. Par terre sont posées, parallèles, deux pattes d’un petit animal. Entre elles deux, il y a un bol, et en dessous, formant un triangle, deux assiettes. Ne me demandez surtout pas la signification !
Entre-temps, deux enfants de l’autre village nous ont rejoints en courant ! Ils sont essoufflés et excités de nous avoir rattrapés. Quant à Alain, il fait une tentative et s’avance vers les cases, mais cela ne fait que provoquer la fuite éperdue de toutes leurs habitantes.
Le soir, nous dormons tout près du poste frontière. L’installation de notre chambre à coucher atteint presque la perfection. Voilà comment ça se passe : tout d’abord nous n’avons pas de banquette arrière ; il suffit de tout sortir, de retourner ensuite la banquette avant et de la mettre dans le sens de la longueur, complètement à gauche, et en appui sur le volant. Et ça tient ! Et qui plus est, il y même de la place pour tous les bagages sur l’envers de la banquette. Exactement comme dans un wagon-lit !
C’est le chahut dans l’arbre sous lequel nous dormons, et il y a comme des ombres noires dans les ténèbres. Ce sont les chauves-souris. Un petit garçon nous en apporte une. On dirait un vieux bonhomme tout fripé, avec des mains, des pieds et un bonnet de nuit. Mais un vieux bonhomme qui ne se pose jamais sur le sol, mais toujours sur une certaine hauteur pour prendre de l’élan. C’est pourquoi le petit garçon le lance très haut dans le ciel. Trois fois le vieux bonhomme s‘écrase par terre.
Il y a des centaines de chauves-souris qui passent dans le ciel en poussant des cris aigus. J’ai du mal à dormir. Je pense à demain. Demain, le Nigéria …
Ce matin du 20 juin, j’ai la tête pas claire. J’ai un peu peur du Nigéria et mon visa de transit ne me plaît pas. J’aimerais bien le faire prolonger. À Paris, il était impossible d’obtenir plus qu’un visa de deux jours, parce que je n’avais pas d’adresse où aller. J’aurais pu mentir, en inventer une, mais je n’y ai pas pensé. Alain, lui, avait eu plus de chance puisqu’à l’Ambassade du Nigéria, à Paris aussi, il avait obtenu un visa de quinze jours. Les mystères de l’administration ! Et comme il n’était valable que trois mois, il l’a fait renouveler à Cotonou, non sans difficulté puisqu’on ne peut normalement avoir le visa que dans son pays d’origine.
Bref, nous nous posons des questions sur notre avenir proche. Je n’ai pas du tout envie de traverser le Nigéria en coup de vent, même s’il me fait un peu peur. À Cotonou, un Suisse m’a offert une petite arme pour me défendre au Nigéria. Il était terrorisé à l’idée de nous voir aller là-bas. D’autres nous content des histoires effroyables sur les Nigérians. Ce sont tous des voleurs et des assassins, et les policiers sont les pires. Il y a des barrages de flics tout le temps, nous dit-on, et si jamais quelque chose les intéresse dans la voiture, ils se servent et on ne peut rien dire. D’ailleurs, si on s’y oppose, ils gardent les passeports. On n’a pas le choix. La nuit, il faut faire très attention, car de faux policiers vous arrêtent et vous dévalisent.
C’est donc avec quelque appréhension que ce matin, nous nous dirigeons vers ce pays où la guerre, il n’y a pas si longtemps, a fait des désastres*[1].
Au poste frontière, il ne faut pas être pressé. C’est la vraie pagaille. Des deux côtés de la barrière, les camions sont garés n’importe comment, dans tous les sens, et si jamais l’un d’eux veut circuler, il doit mettre en branle une bonne dizaine d’autres camions. Les klaxons jouent à tue-tête. Les gens crient, palabrent, rouspètent. Les douaniers s’énervent, répètent cent fois la même chose, ont toujours peur qu’on les roule. C’est qu’on doit les respecter, Messieurs les fonctionnaires. Alain, lui, s’attend à discuter sec avec eux, mais les choses se débrouillent avec une facilité déconcertante. Le douanier lui-même fait le premier pas et nous demande combien de temps nous voulons séjourner. Nous en restons si bêtes que nous n'osons pas demander trop. Ce n’est pas croyable comme la version officielle est différente de la réalité ! On s’en souviendra.
De plus, on ne nous fait même pas tout déballer, et une heure après, nous roulons allègrement vers Lagos, la capitale du Nigéria.
Nous nous enfonçons peu à peu dans la forêt, interrompue par des champs de maïs, des palmeraies et des bananeraies. Je suis un peu triste parce que les cases ne sont plus aussi jolies qu’au Dahomey. Elles sont toujours bâties avec la merveilleuse terre rouge d’Afrique, mais les toits de chaume ont fait place à la tôle ondulée. Par contre, le « mécanicien des vélomoteurs » est toujours fidèle. Son atelier, c’est le premier grand arbre du village.
Ce qui me surprend aussi, c’est le nombre d’églises apostoliques, en ciment gris, le plus souvent inachevées. Et les pelouses aussi. Oui, de vraies pelouses, comme en Angleterre. Plusieurs fois, nous voyons les petits Nigérians tondre, ou plutôt, couper l’herbe du bord de la route à la machette.
Les écoliers sont même vêtus à l’anglaise, et l’uniforme change selon le collège. Petites filles en robe courte, vert pâle. Petits garçons en chemisette blanche.
La route commence à être crevassée, et nous faisons de terribles écarts. Les camions, qu’on appelle joliment « mamy-wagon », sont très pittoresques, le plus souvent en bois et couverts d’adorables dessins naïfs : huttes, pirogues, lions. Ils portent tous un nom, ou une devise se rapportant toujours à Dieu, come « Believe in God », et rassurés sans doute par la présence divine, ils foncent comme des fous, chargés bien sûr comme il n’est pas permis : d’abord des chèvres, des gens ensuite, et encore des gens par-dessus les autres. Parfois on entend le tam-tam, et toutes les voix chaudes et excitées lui répondre. Derrière, un grand nuage de poussière rouge.
Nous arrivons à Lagos. Je ne me souviens de Lagos que comme d’un cauchemar, où les encombrements, les concerts de klaxons, la radio, les couleurs, la poussière et le soleil ont failli nous rendre fous. Des ruisseaux immondes sillonnent la ville. Les baraques sont faites de tôle et de planches et c’est le règne des sachets en plastique, des cuvettes en plastique rouge, vert, jaune, violet, des parapluies, des shorts dorés et des enseignes au néon. Les femmes cachent leurs seins sous d’affreux soutiens-gorge. La civilisation a tout pourri.
Nous cherchons partout l'Ambassade du Cameroun pour établir nos visas, et nous finissons par entrer dans une boutique de vêtements pour avoir quelques indications. Je me souviendrai toujours de cette boutique. Elle était digne de Paris ou de Londres. Des Noirs élégants et tout à fait dans le vent (c’était la mode des chaussures à très haut talon), vous proposent, sur une musique pop’, chemises et jeans. Le patron, un superbe minet coiffé en afro, nous accompagne lui-même à l’Ambassade du Cameroun. Il nous promène dans un dédale de rues plus sales et plus bruyantes les unes que les autres, et où se dressent des immeubles de plusieurs étages.
À l’Ambassade du Cameroun, on nous dit qu’en tant que Français, nous n’avons pas besoin de visa. On a donc perdu trois ou quatre bonnes heures pour rien. Il doit être midi car les écoliers rentrent de l’école, les uns tout en jaune, les autres tout en vert. Ils sont comme des fleurs dans cet affreux cauchemar.
Adieu Lagos, et bien contents de te quitter !
Nous dépassons plusieurs villages lacustres, et aussi Ikoro, drôle de petite ville où ne s’alignent que d’immenses villas aux multiples couleurs, et couvertes de tôle ondulée. Vestige sans doute de la colonisation anglaise.
Les cultures succèdent aux cultures, et sur la route on voit souvent de grandes affiches publicitaires, telles que « Noroquine kills Malaria dead ».
Nous dînons dans une Rest-house, où tout est typiquement anglais : le repas d’abord, et puis le parc si joliment entretenu. Ce soir, je souffle vingt-trois petites allumettes. J’ai 23 ans.
Nous sommes au cœur de la forêt tropicale, tantôt très dense, tantôt clairsemée de champs de maïs. La route goudronnée est en très mauvais état et nous faisons des bonds incroyables. Des formes noires se transforment au dernier moment en silhouettes humaines qui se mettent à sourire et hurler de joie à notre passage. Il n’est pas rare aussi qu’un vélo, venant en sens inverse, plonge sur le bas-côté pour nous laisser passer. En fait, je crois que ce n’est pas notre petite 2CV qui les effraie, mais ils ont l’air traumatisé par la conduite des camions, et ils savent par expérience qu’il vaut mieux être planqué le plus loin possible quand un véhicule passe. Et je les comprends. Nous voyons presque plus d’épaves que de « mamy-wagon » valides, et systématiquement, à chaque pont, une ou deux carcasses gisent au fond de la rivière.
Nous arrivons à la tombée de la nuit à Benin-City. Nous ne savons vraiment pas où nous mettre pour dormir, et puis, avec toutes les mises en garde auxquelles nous avons eu droit, nous nous méfions. Alors nous avons l’idée de dormir devant le poste de police, et nous demandons aux gens où il se trouve. Mais au mot « police », ils se mettent tous à trembler et nous disent « no trouble ? » Enfin, nous y arrivons quand même et, du coup, on nous demande tous nos papiers.
Roule ta bosse, Coin-Coin, roule …
Des petits pâtés ronds, parfaits, en terre rouge, s’alignent par milliers des deux côtés de la piste, et sur des kilomètres. Nous sommes drôlement intrigués et nous mettons un temps fou à comprendre. Ces petits tas ont la forme des bassines que les gens portent sur leur tête ! Ils la renversent sur le bas-côté. Après, ils planteront l’herbe et il y aura du beau gazon. C’est merveilleux, non ?
Nous arrivons au fleuve Niger, très large, véritable frontière naturelle. Une image inoubliable reste gravée au fond de nos yeux : un berger et son troupeau de zébus blancs, progressent avec lenteur vers le fleuve, sous le soleil encore humide.
De l’autre côté du Niger, c’est le Biafra. Tout change. La végétation est moins dense et les cultures plus nombreuses. Mais c’est surtout la population qui change. Nous sommes SUR le territoire des IBOS, ceux qu’on a appelés les Biafrais. Leur visage est d’une finesse et d’une beauté extraordinaire. Leur corps est élancé, et les femmes ont une grâce infinie. Enroulées dans leur pagne aux couleurs vives, elles découvrent de très jolies jambes mais cachent leur poitrine. Leurs cheveux ras sont dissimulés sous des turbans leur barrant le front, et parfois, des boucles d’or ou de cuivre ornent leurs oreilles.
C’est un vrai délice de flâner dans un marché chez les Ibos. Les yeux ne se lassent pas de la beauté. Je me souviens toujours de cette petite fille atteinte du paludisme et qui cachait sa tête lisse sous une couronne de feuilles. Son joli minois sous cette tendre verdure sortait comme d’un conte. Elle riait toujours, comme ses petits copains, pour un mot, pour un sourire. Un vieux, revêche et soupçonneux, commence à nous questionner et nous préférons partir. C’est dommage.
Coin-Coin reprend sa course. Une 404 s’enlise devant nous. Alain passe en chantonnant …
Nous déjeunons dans le parc d’un collège (petits garçons en uniforme bleu). Repas quotidien : maïs, œufs et noix de coco. À Enugu, nous tombons en extase devant de magnifiques étalages de fruits et légumes bizarres et jamais vus.
Pour le moment, notre aventure au Nigéria se passe bien et nous aimons de plus en plus le Biafra. Beaucoup de camps militaires. On nous avait prévenus et je n’oublierai jamais l’un d’eux : la reproduction parfaite de mon imaginaire de cinéma : des centaines de huttes rondes pointues, toutes en paille, et des feux çà et là.
Le soir, une VW conduite par deux bonnes sœurs nous dépasse et nous la suivons. C’est ainsi que nous passons la nuit au couvent, sous un arbre. Le tonnerre gronde jusqu’au matin.
Il pleut, il pleut toujours et il faut rouler avec beaucoup de prudence. Nous traversons Enugu. 80 km plus loin, nous atteignons Abakaliki. La route n’est plus goudronnée. C’est une piste pleine de trous, comme Coin-Coin ne les aime pas. Elle saute de bosse en bosse, mais Alain roule doucement. Tout à coup, un trou. La voiture tombe dans un cri déchirant. Elle ne relève plus le nez.
Pauvre Coin-Coin ! Elle s’est cassé la suspension avant droite. Vous vous rappelez, c’est celle qu’ils avaient achetée à Agadès, et j’apprends qu’elle avait déjà cassé au Ghana. Ils se sont bien fait rouler, les copains ! La butée aussi a craqué et du coup, nous voilà bloqués et ce n’est pas drôle. C’est là que tous les ragots nous repassent par la tête, et nous hésitons un moment avant de nous séparer.
Il pleut toujours des cordes, et la forêt semble impénétrable. Pas de village en vue, et Abakaliki est à 40 km derrière. Comme je n’y connais rien en mécanique, il est préférable que ce soit Alain qui porte lui-même la suspension cassée à un soudeur à Abakaliki. Un camion passe justement et promet de revenir d’ici peu. Alain démonte la suspension et finit à temps pour monter dans le camion.
Me voilà seule et je ne suis pas fière. J’ai même mis la petite arme du Suisse à mon poignet (une espèce de ressort qui part d’un coup et vous assomme comme un rien). Je ferme toutes les portes et j’attends.
J’attends les voleurs de grands chemins et les coupeurs de gorge. Je les attends de pied ferme, sous une pluie torrentielle qui m’empêche de voir à plus d’un mètre. Dix minutes se passent, la pluie cesse, et en fait de voleurs et d’assassins, qui vois-je arriver ? Des enfants, des enfants craintifs et curieux qui émergent de partout. Ils sont dix, puis vingt. Je les effraie un peu en sortant de ma coquille, mais ils restent à côté de moi. Je les aime bien, ces enfants. Ils n’osent pas me parler, mais épient le moindre de mes gestes. Certains s’assoient sur la banquette, d’autres sur mes genoux.
La première demi-heure, pas moyen de leur arracher deux mots. Je ne connais que leur rire quand je leur parle anglais, et qu’ils cachent leur tête dans les mains. Je me dis qu’ils ne comprennent pas l’anglais. À la fin pourtant, la plus grande des petites filles me répond en anglais, et c’est ainsi que j’apprends que huit d’entre eux sont frères et sœurs. L’aînée a 13 ans.
Pour les distraire, je leur joue de la flûte, les deux trois airs que je connaisse. Ils sont si ravis qu’ils courent prévenir les copains, et quand Alain revient après plusieurs heures, ils sont au moins trente de tous les villages environnants qui écoutent avec émerveillement une vieille chanson de France : « J’ai perdu mon âne en m’en allant au marché ».
Alain est encore le plus soulagé. Tout le temps de notre séparation, il n’a cessé de s’en vouloir de m’avoir laissée seule, et tous les deux, nous jurons de ne plus jamais nous quitter. Enfin, tout est bien qui finit bien.
À Abakaliki, le garagiste a réparé la tige de suspension, et Alain n’a plus qu’à tout remonter.
Pendant ce temps-là, je discute avec l’instituteur du village pas loin. Il a 21 ans et vient d’avoir son bac. Puis une femme curieuse et pipelette me tient compagnie. Elle m‘emmène vers son potager, car elle veut m’offrir de la salade. Sa salade, j’aurais été bien incapable de la cueillir. Ce sont de simples feuilles d’arbustes qu’elle choisit avec minutie. Une petite fille nous suit. J’apprends que c’est la « maid » (servante). Oui, à tous les niveaux, il y a une certaine échelle sociale, et cette petite fille est nourrie en échange de menus services. Ainsi, c’est elle qui porte la bassine en émail sur la tête.
Brice, la femme, tient absolument à me faire visiter sa case. Je ne demande pas mieux bien sûr, et nous partons ensemble, à travers champs. On saute une rivière et nous y voilà. La case est attenante à l’école. Il y a une pièce avec un lit, une table, deux chaises, des bassines, des coupures de journaux au mur, et même un album de famille avec peut-être dix photos en tout, dont celle du mariage de Brice et de …, je ne me souviens plus de son nom. Si Brice s’en apercevait, elle serait très vexée car à plusieurs reprises, elle m’interroge pour voir si je l’ai bien écoutée, et si je me rappelle les noms de ses deux enfants et de son mari.
Les autres petits enfants qui entrent et sortent de la case sont encore de jeunes serviteurs de Brice. Quelques femmes passent la tête par la porte, et Brice me présente toujours, avec beaucoup de fierté, comme une grande amie.
C’est le jeune instituteur de tout à l’heure qui me raccompagne auprès d’Alain. Coin-Coin est réparée, et j’accepte avec joie de prendre une douche chez notre copain. La pluie a cessé et le soleil et la poussière nous dessèchent complètement.
La douche, c’est un petit coin au fond du « jardin », un coin fait avec des branches de cocotiers. Par terre, un énorme seau rempli d’eau de la rivière, un peu jaune. Comme je n’arrive pas à le soulever, je plonge dedans.
Je retrouve Alain et notre ami en grande discussion. Il y a eu beaucoup de morts au Biafra. Chacun a perdu quelqu’un de sa famille, un frère, un père …, mais nous comprenons que tous sont prêts à recommencer. Les Ibos sont une race à part, et ils sont prêts à se soulever à nouveau contre la race dominante, les Yorubas.
Nous reprenons la route, encore plus prudents que tout à l’heure. Nous passons un petit trou, comme l’autre, mais tout petit petit, et bing bang boung, Coin-Coin retombe. Elle est recassée et c’est la même suspension. C’est à en pleurer. On n’a même pas fait 5 km ! En fait, on attrape le fou-rire et on se dit qu’on va passer la nuit tranquillement ici.
Mais nous ne restons pas longtemps seuls, et plusieurs personnes nous parlent de « white men » à « three miles » ou « four miles ». Comme nous sommes fatigués, nous décidons d’attendre le lendemain, mais à ce moment, un jeune à bicyclette propose de m’y emmener, et me voilà, à cheval sur son porte-bagages. Je prends d’abord soin d’enlever un poulet séché, écartelé et puant, sur lequel il voulait que je m’assois, mais vraiment, c’était au-dessus de mes forces.
Je file à toute vitesse sur le vélo. Mon copain a beaucoup de succès auprès des villageois, et de moi -même aussi car l’allure ne faiblit jamais, et il monte les côtes comme Poulidor.
Peu de temps après, nous sommes chez les « white men ». C’est une famille de Suisses qui, au récit de notre mésaventure, offre aussitôt ses services. Le père sort la land-rover. La nuit est tombée et je n’ai même pas eu le temps de dire au revoir à mon petit copain qui m’a accompagnée jusqu’ici.
Je suis toute contente de le retrouver près de la voiture, et nous lui rendons son poulet.
Le Suisse diagnostique Coin-Coin et décide de repartir chercher son tracteur. On accroche tant bien que mal Coin-Coin … Ce petit voyage dans la nuit avait quelque chose d’irréel et d’angoissant. J’étais toute seule dans le noir au volant de la 2CV, et dans un faible halo de lumière, je voyais Alain, juché sur le siège du tracteur, surveillant attentivement les soubresauts de Coin-Coin et ne comprenant pas ce que je luis criais … Mais nous arrivons sans plus de dommages, et nous dormons tous les trois en sécurité.
Les Suisses qui nous ont recueillis, sont tout blonds, et le visage très pâle et délicat. La femme est diaphane et douce, et ressemble plutôt à une apparition. Les quatre enfants sont pieds nus et courent partout comme tous les petits africains ; la présence de cette famille si blonde et blanche au cœur de la brousse est presque incompréhensible. Et pourtant, cela fait neuf ans qu’ils sont au Nigéria, et ils ont encore un an pour accomplir leur mission : traduire la Bible dans le dialecte IZI. Ce dialecte couvre la petite superficie qui s’étend d’Abakaliki à Obubra.
Mais revenons-en à la voiture. Nous pensons d’abord aller à Norcap, un centre d’agriculture norvégien, non loin d’ici. Ils ont tout ce qu’il faut pour souder. Puis Alain décide de changer entièrement la pièce. La grande ville la plus proche est Enugu, à 100 km en arrière, là où il y avait les si beaux fruits. Retour en arrière.
En tout cas, nous avons la chance de pouvoir laisser Coin-Coin en sécurité. Nos amis suisses nous déposent à Abakaliki, et de là, nous tentons le stop.
Ça marche tout de suite. Un camion militaire nous prend. Ce n’est pas très rapide, et nous arrivons à la nuit tombée à Enugu. Le chauffeur est adorable, il nous propose de dormir chez lui : il habite une des baraques d’un camp où vivent les militaires et leur famille.
C’est très sale ici, et très bruyant surtout. La radio braille à travers les cloisons et les gens se couchent très tard. Faut dire que nous avons pris un rythme basé sur le soleil. Debout à 6h du matin, couchés à 6h du soir.
Nous nous arrangeons comme nous pouvons, à même le sol et enroulés dans la moustiquaire. Quand je pense que dans la chambre voisine, ils sont au moins dix, collés les uns aux autres !
Le matin nous nous réveillons tout courbatus. Une fillette de 10 ou 11 ans balaie devant la porte, puis cire les chaussures de notre militaire. Quand nous quittons le camp, elle lave.
Il y a un garage pas loin, et comme ils ne comprennent rien du tout, Alain va lui-même farfouiller dans le magasin et revient avec la pièce dont nous avons besoin. Mais il nous faut d’abord passer à la banque pour payer, et là nous avons une peur terrible : le banquier de Cotonou nous a délivré des traveller’s non monnayables en pays anglophones. Heureusement, personne ne s’en aperçoit. Sans cette veine, il nous aurait fallu vendre nos chaussures ou le sac à dos pour payer le garage !
Et décidément la chance nous sourit encore : le garagiste se trompe de prix et nous payons deux fois moins cher le ressort ! Du coup, nous sommes riches et il faut tout dépenser avant de quitter le pays. Mais la chance tourne …
Nous croyons devenir fous. À Lagos, c’était en 2CV, ici c’est à pied. Avec tous ces ennuis de mécanique, nous sommes obligés de séjourner un peu plus au Nigéria, et il faut donc que je fasse prolonger mon visa (encore !). Nous commençons donc par demander la police à des taxis qui ne veulent pas nous répondre si nous ne montons pas. Le principe nous énerve tellement que, malgré le prix dérisoire, nous continuons à pied. C’est un agent qui finit par nous indiquer le poste de police, très proche soi-disant.
Nous marchons une demi-heure. En vain. Alors, nous redemandons. Mais les gens n’ont qu’un mot à la bouche ici, « taxi, taxi ». C’est horripilant. Le pire, c’est que nous sommes perdants dans l’histoire, puisqu’après deux heures de marche, sous le soleil et la poussière, nous revenons exactement à notre point de départ et le Centre d’Immigration est de l’autre côté de la rue …
J’obtiens facilement une prolongation jusqu’au 3 juillet.
Pour nous consoler de toutes nos peines et l’énervement de la matinée, nous faisons encore 1 km pour acheter de la viande, et comme c’est un marchand de gros, nous en prenons le minimum : 1 kg.
L’endroit le plus tranquille d’Enugu, c’est sur la pelouse d’une banque, et nous nous y installons pour déjeuner. Sans aucun complexe, nous déballons tout notre bazar, et nous faisons cuire la viande jusqu’à ce qu’elle soit comme de la semelle. C’est dommage, mais c’est la règle en Afrique, du moins dans un coin comme ici, si l’on ne veut pas attraper toutes sortes de microbes. Nous mangeons sans peine notre livre de faux-filet chacun et nous manquons de nous arracher les tripes avec un alcool infect à la banane que nous voulions prendre comme digestif.
Quand nous nous relevons, repus, je veux sauter un petit talus de sable, et comme Coin-Coin, je me casse la figure. C’est trop bête. Me voilà avec un pied tordu ou foulé, je ne sais pas. Maintenant, j’ai la même allure que Charlot et ça fait rire tout le monde.
Le stop marche bien. C’est d’abord (et encore !) un camion de l’armée qui nous prend. Cette fois, nous voyageons allongés à l’arrière, sur des bâches, au gré des soubresauts et de la pluie battante. Nous repassons à Abakaliki. Un type surexcité nous fait monter dans sa voiture toute neuve. Manque de chance, elle s’arrête net à un pont. Plus de contact. Notre bonhomme commence à toucher les tuyaux de l’eau en disant qu’il n’y a plus d’essence. Alain vient à son secours en rebranchant tout simplement la batterie.
Mais il est drôlement chouette, notre homme, parce qu’après avoir fait tout ce chemin exprès pour nous, il nous remet entre les mains des flics en leur disant que si après 7h, personne ne nous avait pris, il leur faudrait passer chez lui, et notre homme lui-même reviendrait nous chercher pour qu’on puisse dormir dans sa maison. Nous sommes éblouis devant tant d’hospitalité. C’est le merveilleux du voyage. On passe. On fait des rencontres, on vit ensemble quelques heures, quelques jours. Chacun donne tout. Mais l’instant du départ est inéluctable.
L’expédition se poursuit en « taxi », une vulgaire camionnette. Son chauffeur nous « roule » bien sûr, mais pas tant que le premier qui s’est présenté et qui nous réclamait une fortune, vingt fois peut-être le prix normal. Ce trajet est le plus horrible. Je suis assise à l’avant avec, à ma gauche, deux femmes obèses, et à ma droite, le conducteur qui m’écrase la poitrine à chaque passage de vitesse et qui sent l’alcool. Alain, lui, est à l’arrière, guère mieux loti. Pour rendre le voyage encore plus alléchant, le chauffeur conduit sans phare, et bien des fois, je crois que nous allons verser dans une ornière.
L’équipée se termine dans un « Mammy-Wagon » tout en bois et couvert de jolis dessins. À l’intérieur, ça chante et ça rit. Nous arrivons sains et saufs chez les Suisses. Il est tard et les enfants sont déjà couchés. Paul et Inge lisent à la lueur d’une lampe à pétrole.
Alain part à Norcap souder la suspension, tandis que je reste seule chez nos amis. Quatre jeunes noirs d’une vingtaine d’années, tous les quatre très élégants, entrent dans la maison. Paul devait les attendre. Il y a d’abord un grand silence, puis ils se mettent à chanter en rythmant avec les mains. Ce sont des chants religieux IZI, très beaux. Tour à tour, ils font ensuite la lecture. Le cours de catéchisme dure bien une heure et la maison se vide à nouveau.
Alain rentre juste pour le déjeuner que nous prenons tous ensemble. Nos amis se sont parfaitement adaptés à la vie ici, et, mis à part le fait que nous récitons le bénédicité et que nous mangeons à une table, dans des assiettes, le plat de base est le même que celui des Africains : manioc en purée (le manioc est un gros tubercule qu’on fait cuire à l’eau ou à l’huile de palme), peu de viande, bananes, fromage cuit en conserve (il s’achète dans les villes et en brousse n’en mange pas), papaye, ananas … on boit du lait ou de l’eau, toujours aseptisée. Pour notre part, nous mettons des pastilles de Clonazone dans nos jerrycans, et je dois dire que nous n’avons jamais été malades, sauf de petites fois, bien que nous ayons toujours mangé la nourriture du pays. En ce moment, nous sommes abonnés au maïs (bouilli ou grillé), au manioc et au taro (autre tubercule), aux œufs, au lait, au pain et aux fruits. C’est tout.
L’après-midi, Alain remet Coin-Coin à neuf, puis nous partons nous promener.
Il n’est que 2 ou 3h et c’est une folie de marcher sous ce soleil brûlant. Les locaux sont moins fous que nous et discutent à l’ombre. Nous traversons le premier village et nous pensons nous avancer vers la forêt. Mais derrière le village il y a un champ, et derrière le champ, il y a d’autres cases. Pour empêcher les cochons et les chèvres de pénétrer dans les cultures, on leur met un petit triangle de bois autour du cou. Dans une rivière, des enfants nus se baignent. Du linge aux couleurs éclatantes sèche dans les herbes au bord de l’eau. Nous passons de l’autre côté, en équilibre sur un tronc d’arbre.
Mais nous avons beau nous éloigner, nous entendons toujours des voix et le chemin nous emmène toujours plus loin. De la piste, nous n’aurions jamais cru que tant de gens vivaient là. La forêt est entièrement peuplée et nous n’arriverons jamais au bout, à la forêt impénétrable. Les cases, par deux ou trois, s’abritent dans des enclos grossiers et vivent sur le petit champ attenant. En Afrique, si l’on veut devenir propriétaire, il suffit de partir avec un bout de ficelle et des bâtons, et de tracer soi-même son enclos, n’importe où et sans payer. On est propriétaire de ce que l’on cultive et de ce que l’on bâtit.
Mais au Biafra, il ne doit plus y avoir tellement de place, et après deux heures de marche, nous voyons toujours des gens. La terre est heureusement très riche, et s’il y a eu la guerre, il n’en reste plus trace aucune. La nature luxuriante a tout recouvert et seul le cœur d’un Ibo se souvient.
Le 27 juin, nous quittons nos amis suisses avec une petite peur au creux du ventre. Que va-t-il encore nous arriver ?
Nous guettons le moindre trou de la piste et le plus petit choc nous effraie. Nous atteignons avec soulagement la Cross River, et là nous apprenons que le moteur du bac est cassé. Il sera réparé dans quinze jours. Vraiment, il sera dit qu’on ne quittera pas le Biafra. Il faut faire demi-tour, repasser à Abakaliki. Tous ces kilomètres, et cette essence !, pour rien ! Nous avons beau nous renseigner, il se passe toujours quelque chose d’imprévu au dernier moment.
Nous rebroussons chemin et c’est amusant car nous reconnaissons chaque trou, chaque bosse. Nous allons tenter un autre bac à Itidigi. Nous repassons à Abakaliki, pour la dernière fois j’espère, et de là, nous prenons une route très bonne qui nous mène rapidement à la Cross River.
Il y a une très longue queue et il n’y a qu’un seul bac qui ne prend qu’un camion à la fois. J’ai appris pourquoi. C’est simple, quand le bac a un trou, on le colmate avec du ciment. Au bout de quelque temps, le bac est si lourd à lui tout seul, qu’il ne peut plus transporter grand monde !
Mais nous avons de la chance car, au deuxième voyage, le passeur dit à plusieurs petites voitures, dont la nôtre, de monter.
Ça y est, nous sommes enfin de l’autre côté ! La route est géniale, toute neuve, bordée de cocotiers, de champs de maïs, ou de plantations de canne à sucre. Sur des kilomètres, on voit femmes et enfants porter d’énormes fagots sur la tête. Ils serviront à la construction de leurs maisons. Les hommes font d’abord la charpente en disposant les branches en quadrillé. Puis ils recouvrent de terre rouge les murs, et le toit de chaume, ou de tôle ondulée s’ils vivent près des villes.
Nous espérons atteindre Ikum avant la nuit, mais c’est encore loin et le temps se gâte.
Le ciel est noir noir noir devant nous, blanc derrière. C’est l’orage. Nous roulons encore dans l’espoir de passer entre les gouttes et de gagner vite Ikum. Mais tout à coup, dans un fracas terrible, la pluie nous écrase à terre. Elle pénètre partout et nous sommes trempés. La nuit tombe et il fait si noir que nous ne voyons rien. La forêt semble se refermer sur nous et toutes les deux secondes, il fait clair comme en plein jour. J’ai peur de la foudre, je n’ai jamais eu si peur. Nous ne pouvons plus avancer, la pluie nous plaque au sol et les éclairs tombent partout autour de nous, à gauche, à droite, devant, derrière. C’est foutu, nous ne pouvons pas aller à Ikum. Alain fait tant bien que mal un demi-tour en n’y voyant rien, et moi, je me recroqueville, toute petite petite sur la banquette. C’est comme la fin du monde, quelque chose de démentiel, de démoniaque, contre quoi on ne peut rien. Nous nous bourrons de pain pour avoir un bon goût sucré dans la bouche. J’ai envie d’être dans un village…
Nous roulons à tâtons et nous apercevons enfin des lumières vacillantes, en dehors de la piste. Nous allons droit dessus en patinant dans d’immenses flaques. Un homme vient nous voir et nous offre l’hospitalité dans une case où se sont réunis tous les camionneurs du coin. C’est impossible de dormir là et nous sommes épuisés. Alors, sous l’orage, nous sortons tout et l’installation de notre lit dans Coin-Coin est plutôt cocasse.
Le petit déjeuner est extraordinaire. Il y a cent quatre personnes autour de nous (Alain les a comptées) à observer chacun de nos gestes. En fait, c’est une question d’habitude, nous donnons un petit spectacle finalement. Le sketch du brossage des dents est en général le plus comique.
J’aime de plus en plus l’Afrique.
C’est un continent qui me fascine, qui me fait peur et m’émerveille. Un pays où la nature est toujours victorieuse et l’homme infiniment petit. Un pays où les gens savent encore ouvrir de grands yeux étonnés et sourire à l’étranger qui passe …
Et pourtant, au quatrième jour de mon premier pays traversé, et il m’est déjà arrivé tout ceci :
– 23 juin, suspension cassée à 40 km après Abakaliki
– Alain retourne en stop à Abakaliki pour trouver la pièce, tandis que je reste seule dans la jungle, c’est mon huitième jour en Afrique !
– Le garagiste répare la tige de suspension, retour d’Alain auprès de Coin-Coin.
– On roule 5 km, la tige se casse de nouveau !
– Les Suisses tirent Coin-Coin jusqu’à la petite usine Norcap. On dort chez les Suisses.
– 24 juin, on part à Enugu, 40 + 80 km ! On arrive le soir. On dort à Enugu, chez le chauffeur
– 25 juin, Alain trouve la bonne pièce. On arrive le soir à Norcap. On dort chez les Suisses.
– 26 juin, Alain remonte la pièce
– 27 juin, on peut repartir. Direction le Cameroun.
– 27 juin, le bac est cassé. On retourne à Abakaliki ! ! !
– 28 juin, on passe la frontière.
[1] Guerre de juillet 67 à janvier 70