Mon voyage africain (Frais de port offerts)
Description
Extrait
C’était un bout de ma vie d’avant, avant que je dessine et crée des imprimés, avant que je vous habille.
Vous allez plonger dans le récit d'aventures d’Anne et Alain. Vous allez trembler, rire, suspendre votre respiration, vibrer au rythme des 48210 kilomètres parcourus pendant un an, en 2CV sur les pistes africaines, avec juste une carte au 1/1400000ème, un réchaud et une machette.
J’ai écrit ce livre il y a 50 ans. La jeune fille que j’étais n’a jamais oublié les odeurs de cette terre, les embrasements des couchers de soleil, la bienveillance et le partage. L’Afrique fut le moment fondateur de ma vie. Aujourd’hui j’ai envie de transmettre un témoignage de voyage et de l’Afrique des années 70.
Dois-je vous avouer que j’ai ri aux larmes en me relisant, j’ai même eu peur, j’ai surtout été stupéfaite de notre audace.
Bonne lecture !
| J'écrivais tous les jours dans mes petits cahiers, j'en ai 13 ! | ![]() |
I
SAHARA
Anéantis, ils interrogent le désert. Leurs yeux supplient les dunes, les forcent à parler, mais elles ne parlent pas. Elles se taisent inexorablement. Leurs cœurs s’affolent, mais elles brillent sous le soleil brûlant. Ils ont mal à la tête, ils voudraient s’allonger, n’y plus penser, mais ce n’est pas possible, le sommeil du désert est fourbe. Qui sait, et si le vent soufflait tandis qu’ils dorment ? S’il brouillait à jamais leurs pauvres traces disparues ? Non, non, il faut agir au plus vite, il faut s’en sortir, retrouver la piste, il le faut …
Ils l’ont perdue si vite, pourtant …C’était une histoire bête, illogique, inattendue. Depuis tous ces jours qu’ils roulaient seuls dans l’immensité du Sahara, sans ambages pour ainsi dire, ils ne s’imaginaient plus qu’ils puissent s’y perdre. C’est une chose qui arrive aux autres, pas à soi. D’ailleurs, ils faisaient très attention, rien n’échappait à leurs yeux vigilants. Oui, c’est une histoire bête...C’est sur la route d‘Agadès, le 15 avril. Les dunes, oubliées quelque temps, apparaissent de nouveau. De multiples traces les contournent et la petite 2CV n’hésite pas. Elle attaque. Mais les traces sont de moins en moins nombreuses, bientôt il n’y en a plus que dix, et malgré les efforts désespérés de chacun pour les garder toutes, elles disparaissent … une à une. La neuvième s’évanouit puis la huitième. Il n’y en a déjà plus que trois, plus que deux, plus qu’une, puis… plus rien. Ce qui n’arrive qu’aux autres arrive, et en cet instant suprême, la sagesse et la témérité s’affrontent. Bob s’affole et veut revenir au dernier poste, tandis qu’Alain croit ferme que la piste est à droite et qu’ils vont la retrouver incessamment. Ils décident finalement de poursuivre les recherches pendant une heure. Après, ils aviseront.
De temps en temps, ils tombent sur des traces, puis les reperdent presque aussitôt. Au creux des dunes, ils n’y voient plus rien ; ils sont comme dans une boîte. Au sommet des dunes, le désert est si vaste qu’ils ne savent comment le regarder, et par quel côté le prendre. Et leur empreinte est si timide qu’il ne faut à aucun prix s’en écarter ; ils la perdraient à jamais. Alors ils tournent, ils tournent. Au bout d’une heure, désespérés, ils veulent rentrer.
Mais revenir sur ses pas n’est pas chose facile, et ce qui paraissait évident, s’avère épuisant et incertain. Ils sont obligés de s’arrêter un nombre de fois incalculables, de descendre de voiture pour retrouver la trace : il faut avoir le nez dessus et être exactement dans l’axe pour l’identifier. De plus, à l’aller ils avaient souvent fait des demi-tours, et maintenant leurs pistes s’emmêlent, se confondent ; c’est à n’y plus rien comprendre. Où est le Sud ? Où est le Nord ? Tout devient suspect. Ils doutent de la certitude et même d’eux-mêmes. Pour la première fois, ils ont peur.
Alors ils se souviennent du Petit Poucet, et comme lui, ils ont l’idée géniale de mettre des petits cailloux à tous les croisements de leurs traces. Ainsi, pas de danger de tourner en rond indéfiniment !
Le soleil les accable et le désert les ronge. Le sang bat dans leurs tempes. Ils se disent qu’ils sont fous. Jamais ils n’auraient dû partir seuls ! Le Sahara n’est pas un mythe. Il est dangereux et traître. Il est pareil devant, derrière. Il fallait attendre les autres, faire le trajet à plusieurs, tranquillement. Ce n’était pas une course, ni un pari. Le Sahara, c’est comme une bête, une bête féroce qu’il faut charger à plusieurs pour ne pas qu’elle vous dévore. Mais c‘est trop tard, ils sont seuls ; il faut n’attendre du secours de personne. Ils mettent des petits cailloux …
Un peu plus tard, ils crèvent et c’est alors qu’ils se rappellent la destinée atroce de ces trois Français découverts morts, ici, quelque part, dans ce sable indifférent et trompeur. Comme Alain et Bob, ils avaient crevé …
Mais c’est horrible, ça ne peut pas leur arriver, ce n’est pas pareil. D’abord, ils ont encore de l’eau et un peu à manger. Ils ne mourront pas. Ils dormiront un peu, peut-être, puis tout s’éclaircira. Poussés par la rage de vivre, ils réparent la roue et repartent. Pourtant, l’obsession de casser la voiture ne les quitte plus … Ils l’ont, la vraie peur ; ils l’ont dans le ventre, dans les yeux ; ils tremblent, ils ne supportent plus ce soleil, cette chaleur, ils ne tiendront pas longtemps ; au fond d’eux-mêmes, ils le sentent déjà.






